Accueil > Revue de Presse > La Tribune 20 février 2001
L'introduction du Crédit Agricole menace les caisses régionales

La Tribune - édition du 20/02/2001

Michel FOURNIER
Président du Sneca - CGC (Syndicat national de l'encadrement - du -Crédit Agricole), vice-président de la Fédération CFE-CGC des banques, membre du Conseil économique et social

Ne nous leurrons pas, l'arrivée prochaine de l'euro, qui va se conjuguer avec la fin de l'exception française du ni-ni (ni paiement des chèques ni ré-munération des dépôts), et la prévisible harmonisation de la fiscalité de l'épargne vont mani-festement entraîner un développement des restructurations bancaires au sein de l'espace européen.

A l'instar de ce que l'on peut -observer, la Fédération nationale des syndicats des établissements de crédit CFE-CGC, qui regroupe désormais l'ensemble des éta-blissements y compris, depuis quelques mois, les Caisses d'Epargne et le Crédit Foncier, se doit d'avoir une stratégie syndicale offensive afin d'anticiper les conséquences de toutes ces évolutions. En effet, il s'agit avant tout de renforcer nos moyens d'action, afin d'être un interlocuteur plus puissant face à la nouvelle Fédé-ration bancaire française qui représente désormais la maison syndicale de tous les employeurs et est présidée, pour une année, par Jean Laurent, directeur général du Crédit Agricole.

Notre véritable mission d'organisation syndicale consiste à défendre à la fois la performance économique nécessaire et la cohésion sociale indispensable. Dans ce contexte modifié, il faut souligner qu'il est temps de redécouvrir la spirale vertueuse qui veut qu'investir sur les hommes, c'est aussi très rentable pour l'entreprise. Sans vision sociale à long terme, nous serions incapables de donner du sens à l'action et donc vulnérables pour relever tous les défis du monde moderne. Dans un climat de grandes incertitudes et face à une accélération du changement, les objectifs des dirigeants ne peuvent devenir réalité que s'il y a une volonté de faire partager le sens des projets à toutes les composantes de l'entreprise. Il sera difficile d'afficher des profits records sans associer d'une façon ou d'une autre les salariés aux très bons résultats du secteur bancaire. Notre économie a autant besoin des profits pour financer les investissements que des salaires pour financer la consommation.

Préparer cette " révolution ".
Plus précisément, l'essor des nouvelles technologies nécessite rapidement la mise en oeuvre d'une étude spécifique élaborée avec les partenaires sociaux afin de préciser, ensemble, les conséquences sur les activités dans la banque de détail pour mieux les anticiper. Malheureusement, nous ne voyons pas réellement une volonté de préparer les salariés à cette " révolution ". En effet, on ne peut pas adapter des outils de pointe sans réfléchir préalablement à leur appropriation par les salariés et à leur utilisation au sein d'une communauté de travail.

Pour faire face - à cette mutation, le Sneca-CGC, c'est-à-dire le Syndicat national de l'encadrement du Crédit Agricole, l'une des composantes de cette fédération CFE-CGC, a organisé de son côté un colloque, le 18 janvier 2001, au Conseil éco-nomique et social sur ce thème. En s'appuyant sur des propositions con-crètes, il a eu l'occasion de mieux faire connaître ses orientations, tant au niveau de l'accompagnement nécessaire des salariés qu'au niveau des mo---di-fications dans -les -relations avec la clientèle.

Dans cet environnement con-currentiel et pour faire face à leur propre dévelop-pement, certaines banques mu--tu-alistes ont ou vont avoir accès au marché boursier. C'est ainsi que le Crédit Agricole s'apprête à faire son entrée en Bourse en visant une capitalisation boursière de 120 à 140 milliards de francs (de 18,29 à 21,34 milliards d'euros). Si nous comprenons les raisons de recourir au marché boursier, notre organisation syndicale ainsi que toutes les autres composantes de la CFE-CGC du groupe sont toutefois très attachées au maintien de la primauté des hommes sur les capitaux.

A l'occasion de ce projet stratégique, le Sneca-CGC veut indiquer les vrais enjeux qui sont posés à l 'ensemble du groupe ; il s'agit de l'architecture du pouvoir et de la rentabilité du capital. Cette profonde mutation risque, si elle n'est pas correctement maîtrisée, de vider les caisses régionales à caractère mutualiste de leur substance tant au plan financier que celui des pouvoirs à l'intérieur du groupe. Avec l'introduction en Bourse, le groupe avec ses filiales sera sujet aux fluctuations du marché, ce qui peut être dommageable pour les caisses régionales qui, elles, évoluent sur un marché limité. Par ailleurs, nous ne comprendrions pas que la structure décentralisée des caisses régionales, qui a fait leur succès, soit remise en cause.

Au nom de la valeur maximale pour l'actionnaire, une pression de plus en plus forte va s'exercer sur les dirigeants pour maximiser les résultats et la rentabilité des capitaux au niveau central. Les caisses régionales ont déjà beaucoup contribué aux récentes croissances externes, elles ne sont plus en capacité pour accroître de façon significative leur rentabilité sans nuire à la qualité de service attendue par la clientèle. En vérité, nous craignons que le capitalisme financier favorise davantage le pouvoir des technostructures pour valoriser le rendement des capitaux ; alors que la clé de la pérennité réside dans un équilibre de la gestion économique et sociale.

Actionnariat salarié.
Lors de la mutualisation du Crédit Agricole en 1988, qui a mis fin à la tutelle de l'Etat, il faut rappeler que les sa-lariés et administrateurs des caisses régionales ont été déterminants pour la réussite de cette privati-sation en souscrivant 10 % du capital de la caisse -nationale. Nous considérons -toujours qu'un noyau stable -d'actionnaires salariés et -retraités est un véritable atout pour -l'en-treprise face aux tur-bulences des marchés financiers. De plus, -la création d'un fonds commun -de pla-cement, gé-ré de manière - pa-ritaire, nous ap-paraît une bonne -réponse. D'autre part, afin de re-présenter les actionnaires mi-noritaires, le Sneca-CGC a été l'initiateur, en août dernier, de la création de l'association de défense des salariés et retraités actionaires, qui compte actuellement plus de 1.000 adhérents (ADSACA). Face à toutes ces mutations, nous ne pouvons pas douter que les responsables auront à coeur de faire partager à tous les salariés la clarté de leur vision et de leur faire appréhender qu'il ne s'agit pas d'un défi de structure mais bien d'un défi de culture. La réussite passe nécessairement par la gestion dynamique et stratégique des ressources humaines, qui valorise la hiérarchie et -respecte les organisations syndicales.


Page d'accueil

Revue de Presse / Informations générales /Conseil d'Administration
Espace Membres /Bulletin d'Adhésion /Contacts